Comment concilier transformation numérique et responsabilité environnementale ?
Le numérique peut sembler invisible par sa dématérialisation (infonuagique, environnement virtuel, etc.). Cependant, il repose sur des infrastructures et des ressources dont l’empreinte environnementale est bien réelle. C’est pourquoi une approche plus sobre de l’utilisation de ces technologies numériques doit être envisagée, permettant de remettre en question les besoins réels et de mieux gérer les usages.
Comprendre l’empreinte environnementale du numérique pour mieux agir
Le numérique occupe aujourd’hui une place centrale dans les organisations, porté par l’essor des courriels, de la visioconférence, de l’infonuagique et, plus récemment, de l’intelligence artificielle. L’équipe de recherche du COlab s’intéresse à la manière dont ces technologies transforment les pratiques humaines et organisationnelles, tout en considérant leurs impacts sur l’environnement.
Le numérique représente entre 2,1 % et 3,9 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (Freitag et al., 2021). Actuellement, cette empreinte ne diminue pas malgré les progrès technologiques réalisés, car les gains d’efficacité favorisent aussi une augmentation des usages. C’est ce que l’on nomme l’effet de rebond, où consommer plus annule les économies d’énergie.
Dans ce contexte, la sobriété numérique peut être un levier d’accompagnement à la transformation numérique, en encourageant des choix technologiques réfléchis et des actions concrètes, accessibles tant aux organisations qu’aux personnes. Cette démarche conjointe permet de mieux considérer les usages et de travailler avec des systèmes numériques et des technologies qui permettent de respecter nos valeurs organisationnelles et personnelles.
Agir collectivement
Face à cet enjeu, la question sur la mise en œuvre demeure entière et fait émerger d’importants défis, tant pour l’organisation qui souhaite y réfléchir que pour l’individu qui s’y intéresse. L’une des premières pistes réside dans la notion de responsabilité collective et peut être abordée sous deux angles complémentaires. L’organisation joue un rôle central en structurant les outils, les infrastructures et les règles, tandis que les gestes personnels influencent les usages au quotidien. Cette approche rappelle que la responsabilité est partagée et que la sobriété numérique vise à utiliser le numérique avec discernement, sans toutefois freiner la transformation numérique ni l’innovation.
De petits gestes qui font la différence
À l’échelle de l’organisation, les leviers les plus structurants concernent d’abord l’infrastructure. Héberger ses services dans un centre de données situé au Québec et alimenté par des énergies renouvelables peut réduire significativement l’empreinte environnementale. À titre d’exemple, un centre de données de 100 GWh permettrait d’éviter plus de 40 000 tonnes de gaz à effet de serre comparativement à une infrastructure équivalente déployée ailleurs au Canada ou aux États-Unis (Hydro-Québec, s. d.). L’organisation peut également agir sur le cycle de vie des équipements en achetant seulement lorsque le besoin est réel, en prolongeant l’usage par la réutilisation ou en privilégiant des appareils facilement réparables. La réduction de la durée de conservation des données contribue aussi à limiter les besoins en stockage et en énergie (Johnson, 2024).
À l’échelle individuelle, des gestes simples peuvent aussi avoir de l’impact. Éteindre les appareils lorsqu’ils ne sont pas utilisés, notamment la nuit, permet de limiter une consommation inutile et de prolonger leur durée de vie. Lors des réunions à distance, éteindre la caméra ou, mieux encore, privilégier l’audioconférence lorsque l’image n’est pas nécessaire. Enfin, prendre l’habitude de faire le ménage de ses données, en supprimant les courriels et fichiers devenus inutiles, contribue également à réduire l’empreinte environnementale associée au numérique (Numérique responsable, 2023).
Passez à l’action
Ces quelques exemples constituent des pistes pour l’organisation et les individus pour mettre en œuvre des mesures et des principes de sobriété numérique, applicables à leur échelle. Le COlab a développé un axe de recherche dédié à la transformation numérique, incluant ces notions de sobriété numérique.
Afin de sensibiliser les entreprises et les individus aux impacts environnementaux du numérique et de favoriser la mise en place de solutions concrètes et accessibles, le COlab propose des ateliers portant sur la sobriété numérique. Ces ateliers accompagnent les organisations dans la compréhension de leurs usages numériques, de leurs effets sur l’environnement et dans l’identification d’actions adaptées à leur réalité.
En parallèle, le COlab propose également des démarches distinctes de calcul des émissions de GES liées au parc numérique, incluant l’évaluation de politiques et de balises internes, ainsi que de l’accompagnement dans la sélection d’outils numériques moins exigeants sur le plan environnemental. En mobilisant les équipes autour de ces enjeux, les organisations disposent des outils nécessaires pour passer de la sensibilisation à l’action et amorcer une transition numérique plus responsable.